Un collectif d’associations relance le débat sur la souveraineté numérique en exhortant particuliers et administrations à abandonner Windows au profit des logiciels libres. Face à la fin programmée du support de Windows 10 et aux coûts induits par un renouvellement prématuré du parc informatique, ces organisations défendent une transition vers GNU/Linux, jugée plus durable, économique et souveraine.
La controverse née de la fin annoncée du support de Windows 10 continue d’alimenter les débats autour de la souveraineté numérique. Après avoir obtenu un allongement de la durée de mise à jour du système, le collectif « Non à la taxe Windows » adopte une nouvelle stratégie : encourager ouvertement l’abandon du système de Microsoft au profit des logiciels libres.
Dans les média, une vingtaine d’organisations soulignent que la dépendance européenne à des solutions logicielles propriétaires issues de multinationales extra-européennes fragilise l’autonomie stratégique. Elles y voient également un moyen de limiter les impacts environnementaux et économiques liés au renouvellement non nécessaire d’environ 400 millions d’ordinateurs encore fonctionnels.
Un argumentaire tourné vers la durabilité et la réduction des coûts
Les signataires mettent en avant un constat simple : les systèmes libres, développés par des communautés ouvertes et exempts de frais de licence, permettent de prolonger la durée de vie des équipements tout en réduisant les dépenses publiques. Selon eux, cette alternative répond aux exigences de résilience, de pérennité des terminaux et de meilleure maîtrise budgétaire à long terme.
Pour contrer l’idée selon laquelle Linux serait difficile d’accès, la tribune rappelle qu’en France, plus de 2,2 millions de personnes utilisent régulièrement GNU/Linux sur leur ordinateur personnel. Les associations soulignent également l’existence de réseaux d’entraide locaux capables d’accompagner celles et ceux souhaitant migrer vers des solutions libres.
Les administrations dans le viseur du collectif
Si l’appel s’adresse au grand public, il cible avant tout les administrations et collectivités. Le texte regrette que de nombreux organismes publics n’appliquent pas encore leurs propres recommandations en matière d’usage de logiciels libres, alors même que certaines structures ont déjà franchi le pas.
La gendarmerie nationale fonctionne depuis plusieurs années sur un environnement GNU/Linux. Plusieurs villes, écoles, régions françaises et même certains voisins européens – comme le Danemark – ont engagé des initiatives similaires. Pour les associations, ces exemples démontrent la faisabilité d’une migration à grande échelle ainsi que ses bénéfices économiques.
Le collectif estime que la transition forcée vers Windows 11 met en lumière la dépendance croissante aux solutions propriétaires et accentue les dépenses liées au renouvellement des équipements incompatibles.
Des propositions concrètes pour accélérer la transition
Au-delà de l’appel militant, les associations avancent plusieurs mesures destinées à favoriser le passage aux systèmes libres. Elles demandent notamment :
- la possibilité d’acheter un ordinateur sans système d’exploitation préinstallé ;
- l’obligation, pour les fabricants et les distributeurs, d’afficher clairement le coût réel de la licence Windows ;
- l’intégration, par les éditeurs de logiciels, d’informations guidant les utilisateurs vers des alternatives libres lorsqu’elles existent.
Ces propositions visent à rendre plus transparent le modèle économique de l’écosystème Windows et à encourager un choix éclairé, tant pour le grand public que pour les organisations.
Pour les associations, l’évolution actuelle du marché et la contrainte de mise à niveau imposée par Microsoft constituent l’occasion de repenser les pratiques numériques et de promouvoir une approche plus souveraine, durable et indépendante.
Enjeux cybersécurité : un alignement naturel avec les bonnes pratiques
Si la tribune n’aborde pas explicitement la cybersécurité, la question de la maîtrise du socle technique rejoint plusieurs recommandations de l’ANSSI. Les guides d’hygiène informatique préconisent de limiter les dépendances technologiques non maîtrisées et de renforcer le contrôle sur la configuration des systèmes d’exploitation, un principe cohérent avec l’usage de distributions GNU/Linux dont les paramètres peuvent être durcis selon les bonnes pratiques publiées par l’agence.
L’appel des associations s’inscrit ainsi dans un mouvement plus large visant à renforcer la maîtrise des infrastructures numériques et à réduire les risques associés aux environnements propriétaires difficiles à auditer.